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    HAÏTI CHÉRIE, UN POÈME DÉDIÉ AU PEUPLE HAÏTIEN

    Haïti chérie,

    Soudain
    La terre a tremblé ce jour de janvier 2010



    Soudain
    L'effondrement des jours
    Le vacarme assourdissant du néant
    La quête vaine d'une parcelle de vie



    Et le silence dans la pestilence du petit matin



    Et plus rien n'est plus pareil
    Et plus rien ne ressemble à rien



    Les yeux hagards des survivants se hasardent
    Parmi les ombres empreintes de poussières
    Dans l'asservissement d'une brisure de vie



    Là une main surgie au milieu des débris
    Ici un visage à la bouche béante à jamais silencieuse
    Un peuple entier enseveli
    Un pays à l'agonie



    Haïti, Haïti chérie,
    Pitié
    Pour ce pays de lumière et d'ombre
    Pitié
    Pour ce peuple au parcours singulier
    Pris dans l'étau sanglant
    D'une histoire dépossédée



    De Généraux embrigadés héritiers de Flibustiers
    En tristes sires bardés de tontons macoutes
    Empaillés dans le costume emprunté d'une sanglante méprise
    D'une évidente dérive



    Noire est la nuit encastrée du destin
    Partir est un rêve frustrant
    Et rester nourrit le cauchemar



    L'espoir bafoué
    L'espoir contrarié



    Mais l'espoir vivifié, toujours recommencé
    Le désir d'avenir toujours en avant des coeurs
    Toujours là où l'esprit le dispute au poison de la discorde



    La nuit est longue mais la lumière vient
    Me susurre à l'oreille mon frère en Mina
    A luta continua e a victoria é certa
    Me glisse a voix basse mon frère du Kizombo
    Et l'esprit de Cabral habite tous nos frères en diaspora
    En ce janvier de larmes et de sang



    L'Afrique souffre la ou crie un de ses fils
    Et cette douleur qui nous habite
    Et ce mal ancestral commun qui nous ronge
    D'une aspiration toujours frustrée
    Toujours castrée



    Et puis soudain


    Cet enfant tire de sous les décombres
    Et qui, émerveillé d'une renaissance inespérée
    Lève les bras vers le ciel pour saluer la terre
    Et dessiner à l'écran le V de la victoire
    Et de l'avenir de ce peuple de foi
    Gouverneur de la rosée



    Ce sont bien là les enfants de Toussaint Louverture
    Qui fit mettre genou à terre
    Les grognards de l'Empereur
    Ce sont bien là les descendants de Dessalines
    Qui proclama contre la nuit esclave
    La première République Noire « doubout »



    Ah ces voix claires de femmes assouvies
    Ces cris d'hommes rassasiés
    Ce chant guttural monté des ténèbres d'un passé
    Emmuré dans la mémoire



    La résilience d'un peuple insoumis
    Habité de l'épopée de ses ancêtres d'Afrique
    Mandingues, Ouoloffs, Mandes, Umbundus,
    Qui ont franchi les mers enchaînés
    Qui ont croisé le fer avec le feu d'un Dieu diaphane
    Et ont découvert la vérité du monde



    Qui ont surmonté
    L'humiliation forcée
    La vindicte raciale dépassée
    Dans une négritude apaisée
    Sur les décombres du Code Noir



    Non pas pitié « pou moun la »
    Pas pitié mais fierté
    Pour ce peuple d'Haïti
    Haïti chérie