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Education pour tous au Burundi

BURUNDI-EDUCATIONTrop de réformes nuisent à l’enseignement
Anaclet Hakizimana 

BUJUMBURA, 8 septembre (IPS) - (InfoSud) - Gratuité de la scolarité au primaire, apprentissage de quatre langues, double vacation… Les réformes de l'enseignement, adoptées sous la pression des politiques ou des bailleurs de fonds, se succèdent au Burundi ces dernières années, désorientant enseignants et élèves. Les résultats sont en chute libre. 

Seulement 1 écolier sur 5 des 150.000 écoliers burundais de la 6ème année primaire, qui ont passé, fin mai, le concours national d’entrée à l’école secondaire, ont eu les 110 points sur 200, note retenue pour entrer au lycée public. En trois ans seulement, le taux de réussite a baissé de moitié. 

D’après le rapport du syndicat des Travailleurs de l’Enseignement du Burundi (STEB), c’est le résultat d'innovations ponctuelles motivées moins par une planification raisonnée que par des pressions conjoncturelles. Ces dernières années, les plus importants changements ont été la gratuité à l’école primaire, l’introduction de l’anglais et du kiswahili au primaire, ainsi que l’extension de la double vacation des salles et des maîtres (la même salle reçoit un autre enseignant et un autre groupe d’élèves l’après-midi) depuis 2007.
 

"Mais le tâtonnement du système fait que les enseignants ne sont jamais associés aux réformes introduites et leurs préoccupations ne sont jamais prises en compte", ajoute le rapport.

Exigence des bailleurs de fonds

La rentrée scolaire – fixée le 15 septembre - approche et certains parents d’élèves craignent déjà de nouvelles mesures. En juin dernier, le ministre de l’Éducation nationale, Saidi Kibeya, avait annoncé la suppression des redoublements à l’école primaire et un taux maximum de redoublement de 10% à l’école secondaire publique à régime d’internat. 

"C’est une exigence des bailleurs de fonds, on n’y peut rien", expliquait alors un haut cadre du ministère. Ces bailleurs exigent, en effet, une augmentation des effectifs des enfants scolarisés, comme dans d’autres pays. Désorientés, certains enseignants du primaire étaient partis en vacances sans dire qui redoublait. Trois semaines plus tard, M. Kibeya revenait sur sa décision, suite aux contestations des partenaires de l’enseignement. 

"Le risque est d’avoir à l’avenir des citoyens incapables de servir le pays car insuffisamment formés", estime Edouard Ndikumasabo, président de l’association des parents d’écoliers et élèves. De son côté, Eulalie Nibizi, présidente du Syndicat des Travailleurs de l’enseignement du Burundi (STEB) précise que pareilles réformes, tout comme l’extension de la double vacation n’ont été appliquées nulle part ailleurs. "Les enfants du pays ne devraient être pris pour des cobayes car le seul argument de conditionnement de l’aide extérieure ne suffit pas", explique-t-elle. 

Ainsi, l’introduction en 2006 du kiswahili et de l’anglais à l’école primaire a complètement désorienté les enfants, déjà en mal de maîtriser leur langue maternelle et le français. "La superposition de quatre langues crée une sorte de brouillard dans la tête des enfants et les pousse à n’en connaître aucune", prévenait, à l’époque l’abbé Adrien Ntabona, professeur de langues à l’Université.

Planifier à long terme


L’absence de planification fait aussi que chaque nouveau responsable de l’enseignement apporte sa réforme et comme ils changent souvent… Enfin, certaines mesures comme la gratuité apparaissent plus comme une concrétisation des promesses politiques qu’une réponse aux exigences des bailleurs. Mais la suppression des frais scolaires en vigueur depuis l’année scolaire 2005-2006 bute toujours sur le manque d’enseignants, de manuels scolaires et de classes. 

"On a mis la charrue avant les bœufs. Il aurait été mieux de construire les écoles, de recruter de nouveaux enseignants et de multiplier les livres avant de prendre pareille décision. Aujourd’hui les effectifs d’écoliers sont passés de 40 à 200 par classe et on se retrouve en train d’éduquer des enfants de 7 ans avec d’autres de 20 ans !", fait remarquer une enseignante de Matana, au sud du pays.

L’objectif du gouvernement est d’atteindre l’éducation pour tous et de qualité avant 2015, selon Victoire Nahimana, directrice générale des Bureaux pédagogiques. Pour elle, les récentes mesures encore à l’étude pourraient s’appliquer l’année scolaire prochaine. "Il a d’abord fallu attendre pour dialoguer avec tous les intervenants sur les bienfaits de ces innovations. Quant au plan sectoriel de l’éducation qui porte sur les données chiffrées, sur l’état des besoins et les moyens à apporter au fur et à mesure, il pourrait démarrer en octobre ou novembre prochain et durer jusqu’en 2016.", explique-t-elle. 

Pour plus d’efficacité, Joseph Ndayisaba suggère, quant à lui, d’assainir le système par la formation de nouveaux enseignants, la construction d'écoles ainsi que la multiplication des manuels scolaires. "Les conséquences comme la réduction des redoublements viendraient automatiquement", estime-t-il. (FIN/INFOSUD/IPS/2008) MDG2

Mieux traiter les questions d’éducation au Burundi

27 octobre 2009 par Michel LEROY

Quelle place pour le kirundi à l’école ? Comment apprendre dans des classes surpeuplées ? Qui forme les enseignants ? Après une semaine de rappels de base sur la captation de sons et des conférences de spécialistes en éducation, seize journalistes burundais sont actuellement en reportage par binômes, à Bujumbura et dans l’intérieur du pays.

Le but de cette formation pratique, réalisée pour l’Institut Panos Paris : réaliser une émission bimensuelle clé en main de 25 minutes, illustrée par des reportages sur le terrain, pour les huit radios participantes. Ce programme sera diffusé pendant la période-pré-électorale, jusqu’aux élections générales de 2010.

Les prochaines sessions traiteront de la santé, de la gouvernance… avant d’évoquer la couverture des élections elles-mêmes. Ce projet AMES(Administration, médias, élus, société civile) entend en effet consolider l’espace de dialogue entre les différents acteurs, dans un pays qui sort depuis 2006 d’une longue guerre civile ayant fait au moins 300.000 morts.



Vue d'une classe du primaire à BujumburaBujumbura, Burundi - Les élèves et écoliers, qui étaient partis en vacances de Noël sans bulletins scolaires, n'ont finalement pris connaissance de leurs résultats du premier trimestre que lundi, à la reprise des cours, grâce aux progrès enregistrés dans les négociations salariales entre les enseignants et l'Etat burundais, apprend-on de source syndicale à Bujumbura.

"Nous avons décidé de publier les résultats à la rentrée après avoir constaté des progrès dans la régularisation d'une grande partie des enseignants", a laissé entendre le président du Conseil national des personnels enseignants du secondaire (CONAPES), Filbert Ngezahayo.

Pour le reste des enseignants, les procédures de régularisation seraient en bonne voie au ministère des Finances, selon la même source.

Les enseignants réclament la régularisation de plusieurs mois de salaire et avaient décidé de retenir les résultats scolaires comme moyen inhabituel de pression sur l'Etat burundais.

Certains arriérés remontent aux années 2003 et les enseignants avaient plutôt l'habitude de revendiquer par des grèves de cours.

La nouvelle forme de revendication avait été mal acceptée dans l'opinion qui la trouvait surtout préjudiciable pour les intérêts des apprenants ayant besoin de connaître les résultats suffisamment à temps pour s'améliorer au trimestre suivant.


Le système éducatif burundais est confronté aux défis majeurs en ce qui concerne l’accès à l’éducation et la qualité de l’éducation dispensée. Les réformes successives qui ont été opérées avaient pour ambition de relever ces défis. Cependant, ces réformes ont été réalisées souvent avec tâtonnement et hésitation sans qu’aucune formule stable soit fixée.

1. Réformes déjà réalisées et en cours

Dès l’origine, le système éducatif burundais tel que perçu et organisé par l’Eglise, apparaît comme un système à deux voies sans rapprochement possible. D’une part, un enseignement non formel de masse, ouvert aux adultes et aux jeunes désireux d’avoir le baptême, un enseignement centré sur l’apprentissage de la bible ; de la lecture et de l’écriture ; d’autre part un enseignement formel très sélectif, très coûteux et désequilibré, le contenu et les structures calqués sur le modèle belge.

La réforme scolaire la plus importante déjà réalisée est celle de 1973. Elle prévoyait qu’en 1989, 84% des enfants de 7 ans, l’âge légal d’enrôlement à l’école primaire, seraient inscrits. Cette réforme avait aussi l’objectif de développer une éducation qui tient compte des spécificités culturelles nationales, car celle qui était dispensée s’inspirait largement des réalités de la puissance coloniale. C’est pour cette raison que les concepts de la « Kirundisation », de la « Ruralisation » ont été introduits. Les décideurs politiques d’alors avaient estimé que l’impact de cette stratégie linguistique sur les performances scolaires serait important.

En 1982, une réforme de grande envergure a été réalisée. Elle a introduit la double vacation des maîtres et des locaux et a marqué un pas décisif dans la promotion de l’accès à l’éducation. En effet, elle a permis de doubler les effectifs scolaires au niveau primaire en moins de 10ans. Au niveau secondaire, on note la création des Écoles de Formation des Instituteurs (EFI) en remplacement des Écoles Normales et des Écoles Moyennes Pédagogiques. Dans les EFI, la formation pédagogique qui y était dispensée était d’une année. Ces écoles ont été rapidement remplacées par les Lycées Pédagogiques avec une formation de deux ans après le tronc commun. Au niveau supérieur, la grande innovation a été la fusion de l’École Normale Supérieure et l’Université Officielle de Bujumbura, deux institutions laisées par la colonisation pour faire l’Université du Burundi (U.B.).

En 1980, avec l’appuie de la Coopération Technique Belge, il y a eu création de l’Institut Pédagogique (I.P.) avec une formation maximale de 2 ans après les Humanités Générales. L’objectif était d’accroître les effectifs des enseignants du premier cycle du secondaire.

En 2000, on a observé la réapparition de l’École Normale Supérieure (E.N.S.) avec l’objectif de former des formateurs du cycle inférieur des écoles secondaires. L’I.P. venait en fait d’évoluer vers l’Institut de Pédagogie Appliquée (I.P.A.) qui a une durée de formation de 5 ans. Les lauréats de cette institution devraient s’occuper de l’enseignement dispensé au cycle supérieur.

En 2005, le gouvernement démocratiquement élu a pris l’initiative d’introduire dans les programmes de l’enseignement primaire les cours d’Éducation Civique et Humaine du Kiswahili et de l’Anglais. La formation des formateurs est en cours d’exécution.

2. Constats

De nos jours, l’opinion publique ne cesse de stigmatiser la baisse de la qualité de l’enseignement. Le faible niveau de réussite aux évaluations de fin des cycles primaires 1er et 2ème cycle du secondaire témoignent de ce fait. La raison souvent invoquée est l’introduction précipitée de ces réformes. Des interventions majeurs ont été introduits sans qu’on sache dans quelle mesure les objectifs de départ avaient été atteints ou non. On note en effet, au sein du système éducatif burundais, une absence de la culture de l’évaluation comme partie intégrante du processus de l’enseignement. Les enseignants n’ont jamais été associés dans la conception de toutes les réformes introduites. Ainsi, les préoccupations des enseignants n’ont jamais été prises en compte. La conséquence a été la dévaluation de la carrière enseignante qui pousse les enseignants à s’orienter vers d’autres secteurs plus attrayants.

Conclusion

Les innovations souvent opérées étaient ponctuelles, motivées par des pressions conjoncturelles ; ce qui montre qu’il n’existait pas de plan de développement du système à long terme. En effet, le système éducatif burundais souffre d’une manière générale, d’un faible niveau de planification ; c’est pourquoi les structures de gestion du système subissent elles aussi des changements fréquents, ce qui réduit davantage les possibilités de planification du système.

Références :

Ministère de l’Éducation Nationale et de la Culture : Plan sectoriel du développement de l’Éducation et de la formation

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